Lumière sur une éditrice : Cécile Emeraud chez Voce Verso

Voce Verso défend une littérature jeunesse vivante, à hauteur d’enfance. Dans Lire-Lire nous avons choisi de publier presque toute la collection Ginko . Des livres courts, parfaits pour les lecteurs débutants. 

Mais laissons la parole à Cécile Emeraud, une éditrice passionnée et … passionnante ! 

 
 

Est-ce que vous pouvez nous décrire votre maison d’édition ? Son histoire, ses caractéristiques, ses points forts…

Cécile EMERAUD : Voce verso est une maison d’édition indépendante qui a été fondée en 2015 par Sophie Tran Van, avec qui je me suis associée en 2018. Sophie et moi nous sommes rencontrées autour de notre passion du livre et des enfants. Avec nos livres, que ce soit par leur contenu ou grâce à des partenariats avec des associations, nous voulons montrer notre engagement pour les enfants et leurs droits.

Ensemble, nous éditons donc des livres qui explorent des façons variées de raconter des histoires : des albums sans texte, des romans illustrés et, bientôt, des romans pour les plus grands.

Nous avons à cœur de nous adresser aux enfants comme à des personnes intelligentes et sensibles. Nos livres mettent au centre la créativité comme un moyen 

  • de s’adresser à l’intériorité des enfants, 

  • de leur parler du monde dans lequel ils vivent 

  • et de leur offrir un espace intime réconfortant, joyeux, différent, qui leur donnera peut-être envie d’exprimer à leur tour ce qu’ils vivent.

Pourquoi avoir choisi le nom Voce Verso pour votre maison d'édition ?

C.E. : Le nom de la maison a été choisi par les deux fondatrices : « voce » veut dire la voix en italien (l’une des fondatrices est d’origine italienne) et verso, c’est ce que l’on trouve derrière, ce qui demeure caché si l’on ne tourne pas la page. 

Sophie est attachée à ce que l’on entende un peu plus et un peu mieux la voix des enfants dans ce monde où la parole est surtout donnée aux adultes.

Nous n’éditons pas des livres écrits par les enfants mais l’idée est de leur parler de tous les sujets, même les plus « cachés », à hauteur d’enfant. 

Ainsi, les premiers livres parus chez Voce Verso sont des albums sans texte : dans la collection écho écho, les histoires se racontent tout en images. Ces livres permettent de faire entendre la voix des enfants : ils se lisent autrement. 

Ce n’est pas l’adulte qui est le seul détenteur de la parole : chacun peut mettre ses mots sur ce que racontent les images.

Comment vos livres se distinguent-ils des autres ?

C.E.  : En tant qu’éditrices, nous veillons donc à ce que les auteurs et autrices s’adressent aux enfants avec respect et en faisant confiance à leur intelligence, sans les prendre de haut. Cela se traduit par des textes qui explorent toutes sortes de thématiques sous des angles ou des points de vue qui sont originaux. Nous accordons une attention particulière à l’écriture et à l’illustration : nous recherchons des auteurs et autrices qui ont une langue singulière, des illustrateurs et illustratrices qui développent des univers personnels.

Dans Lire-Lire, nous présentons la collection Ginko qui est particulièrement bien adaptée à notre application. Pouvez-vous nous présenter la collection et nous donner quelques anecdotes sur certains titres ?

C.E. : Nous avons lancé la collection Ginko en 2018 parce que nous cherchions à toucher les enfants qui commencent à lire seuls. Ces courts romans illustrés, dits de « première lecture » a pour objectif de faire le lien entre les albums et les romans. La place de l’illustration y est importante : elle n’est pas là juste pour expliciter le texte ou le décorer mais bien pour contribuer à ouvrir l’imaginaire des lecteurs et lectrices.

Les images sont imprimées en deux tons directs, c’est-à-dire que les illustrateurs n’ont à leur disposition que deux  couleurs, en plus du noir, pour réaliser les illustrations. 

Cette collection, parce qu’elle change des « première lectures » qui envahissent les rayons des libraires, connaît un certain succès : les thèmes sont plus variés et les illustrations plus proches de celles des albums. Le texte est découpé en courts chapitres et nous avons veillé à ce que la mise en page soit adaptée aux enfants qui peuvent être en difficulté de lecture. Ce ne sont pas des livres pour « apprendre » à lire, mais de vrais romans pour débutants.

Quels sont vos critères de choix pour décider de publier un auteur ? 

C.E. : Nous publions un texte quand il nous semble aborder un sujet de façon à ce que l’enfant se sente concerné : l’auteur ou l’autrice se met à hauteur d’enfant, sans surplomb ni infantilisme, avec sincérité, humour et imagination.

Quelle est la relation entre l’auteur et l’illustrateur ?

C.E. : L’auteur doit faire confiance à la personne qui est en charge des illustrations : après avoir donné son accord sur une direction graphique, nous laissons l’illustrateur ou l’illustratrice s’emparer du texte. 

Nous l’accompagnons tout au long de la phase de création, tout en lui laissant la latitude nécessaire à l’invention. L’auteur voit différentes étapes du travail de mises en images et est en mesure de faire des remarques s’il souhaite apporter des précisions par rapport à son texte.

Tenez-vous compte de l’avis de vos lecteurs sur vos livres ?

C.E. : Bien sûr nous sommes heureuses de recueillir leur avis ! Mais il n’est pas possible de tenir compte de l’avis de tous les lecteurs, car sur un même point, leurs avis divergent. Nous assumons donc que nos choix sont subjectifs. Nous espérons cependant qu’ils plaisent à un maximum d’enfants !

Que souhaiteriez-vous qu’un jeune lecteur retienne de vos livres ? 

C.E. : Ce que nous souhaitons que les enfants retiennent de nos livres, c’est qu’ils et elles sont des personnes qui comptent, qu’ils et elles ont en eux-mêmes la solution à leurs problèmes ou leurs questions, qu’ils peuvent être acteurs et actrices de leur vie et qu’un livre peut être un refuge ou un ami dans les situations délicates.

Quel est votre ou vos livre(s) préféré(s) dans la collection Ginko ? 

C.E. : Choisir un livre préféré est difficile ! Je pourrais citer L’amour lapin, l’un des tout premiers titres, parce qu’il aborde avec beaucoup de finesse l’amour (d’un enfant à son lapin et d’une mère à son fils) et que j’en aime les vibrantes illustrations.

Quel est le livre préféré de vos lecteurs (le plus vendu par exemple) ?

C.E. : Le livre le plus vendu de la collection Ginko est Pour être un bon gros méchant loup, l’histoire d’un louveteau qui rentre à l’école pour devenir féroce et se préparer à sa vie de méchant loup : une façon drôle de parler des peurs.

Auriez-vous une anecdote à nous raconter dans votre parcours d’éditrice ?

C.E. : Quand nous avons imaginé la collection Ginko avec Sophie, nous n’avions pas encore de textes. J’ai donc écrit un texte en une nuit, juste pour « tester » notre idée. Sophie l’a tellement aimé que nous l’avons publié. Il s’agit d’Un bal d’enfer, et c’est mon premier livre publié en tant qu’autrice…

Pour vous un livre doit d’abord, faire rire, faire réfléchir ou faire rêver ?

C.E. : Un livre n’a pas forcément vocation à faire rire – mais provoquer des émotions, oui ! Car il me semble que c’est par les émotions que la lecture suscite chez les lecteurs la possibilité de réfléchir et de rêver.


Un très grand merci Cécile, de la part de nos jeunes lecteurs, pour la richesse de cette rencontre !

Anne Panzani - Directrice collection Lire Lire

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